Savoie : le récit de notre voyage d’automne

Comment choisissez-vous votre prochaine destination de vacances?

C’est la question que je me suis posée cette année, pour nous et plusieurs fois, mais aussi pour les autres. Je trouve que les vacances reflètent les gens. Déjà le simple fait de partir, plus ou moins souvent. Puis sous quelle forme? Hôtels, campings, gîtes, auberges de jeunesse, avec petit déj ou formule « all inclusive », ou tout simplement en allant faire ses courses soi-même. Selon notre mode de vie, notre budget surtout, mais aussi nos envies, nos valeurs.

J’ai commencé à partir en vacances par mes propres moyens (seule et en choisissant les destinations) il y a huit ans, quand j’avais vingt-trois ans. A cette époque j’étais célibataire, je vivais dans mon appart’, j’avais un job à mi-temps de vendeuse. Je ne roulais vraiment pas sur l’or mais j’avais besoin de partir. Souffler. J’avais entendu parler des auberges de jeunesse et je me suis penché sur le concept (soi-disant réservées aux très jeunes), et j’ai réservé pour trois nuits à Sète, soit une ville diamétralement opposée au Nord que j’habitais à l’époque. Pareil pour le billet de train. Ma folie de trois jours m’a coûté deux cents euros au total, ce qui me semblait cher à l’époque, forcément.

Mais quand je suis revenue de ce premier petit voyage, quelque chose avait changé, une fenêtre s’était ouverte dans mon esprit, et je pris vite goût à cette sensation nouvelle…

Quelques mois plus tard je partais à Londres, Birmingham, Édimbourg, puis à La Rochelle, Bordeaux, Pau et enfin Amsterdam. Deux mille onze était une année de voyages, c’est certain. J’y ai tellement pris goût que j’ai décidé de partir pour Londres, « pour de bon » . Bon, je suis revenue plus tôt que prévu (sachant que j’avais rien prévu). Qu’importe, cette année m’a littéralement transformée. Peu importe le temps et la distance du voyage, l’essentiel c’est de voyager.

Regardez un peu d’ailleurs, par curiosité, le nombre de définitions associées au mot voyage. A dix kilomètres ou à dix mille, voyage en soi ou chez les autres, le voyage, selon moi a le don de nous couper de nos habitudes, de nos points de repères, nous fabrique de nouveaux réflexes, de nouvelles sensations, de nouveaux souvenirs (Ô combien précieux), de nouveaux amis-même parfois. Pour le peu qu’on ait la chance de parler la langue du pays, on peut aller loin, sortir des sentiers battus, découvrir les petits coins secrets du monde et revenir certes avec moins d’argent en poche, mais avec une richesse intérieure que seuls les voyageurs connaissent et qui n’a pas de prix.

Depuis, les années ont passé, forcément ! Après avoir bossé dur sur notre maison, on a bossé dur pour mettre de l’argent de côté et réaliser un rêve commun : partir au Canada. Sans m’étaler davantage, c’était le voyage le plus fou que nous avons fait, il y a trois ans déjà. Oui, un article est prévu, évidemment.

Deux ans après on a visité la Dordogne. Pourquoi? Une de mes amies est souvent partie là-bas avec ses parents et elle ne m’en disait que de la beauté, à chaque fois, et me faisait rêver, à chaque fois. Le verdict est que cette région est réellement magnifique, et là encore figure sur mon planning d’articles à écrire, la Dordogne. Chaque voyage est un choix réfléchi pour nous, il a un but précis.

Aujourd’hui notre fille a un an, et cette année on ne s’est pas laissé effrayer par son âge : on a eu la chance de partir trois fois, et une quatrième est prévue en fin d’année.

Les deux premiers voyages étaient courts par la distance car nous sommes allés visiter le Finistère Nord sur lequel j’ai écrit un article, puis le Finistère Sud. Il nous semblait important de commencer à connaître notre propre pays avant de toujours vouloir aller plus loin, et de surcroît, notre propre région (Bretagne). Et puis nous voulons, le plus longtemps possible, partir en hors saison (loin du monde, ermites que nous sommes, et loin des prix exorbitants). Alors nous voulions réserver pour octobre…

En nous consultant l’un l’autre, on a parlé de montagnes. Dans tous les cas, il y a de la route, de chez nous. Mais c’était sans compter sur le van qu’on s’est aménagé cet été. On a donc choisi la Savoie pour destination de vacances, en faisant la route sur deux jours, en ne prenant pas les autoroutes. On a pu voir du pays et s’arrêter facilement avec bébé.

Avant de commencer mon récit de voyage, il faut savoir que celui-ci n’a pas été choisi au hasard. La montagne je ne la connaissais que du Canada, tandis que mon mari qui court beaucoup, voulait gravir quelques monts, changer de paysage aussi bien sûr, mais changer de la mer. On se sait pas ce qui nous attend quand on part. Enfin, on connaît l’adresse -ici, celle du gîte – mais c’est à peu près tout. Et on ne s’imaginait pas du tout y laisser un bout de notre cœur…


Par habitude je note maintenant dans un petit carnet quelques lignes de la journée qui s’est écoulée, comme un journal de bord – de vacances. Je suis devenue adepte des livres photos et aussi des récits de voyage, alors, comme j’ai rarement le temps d’écrire des bouquins ou des articles « à chaud », ces notes me sont précieuses, car une fois rentrés de vacances et replongés dans nos petites habitudes, on met dans un tiroir de notre mémoire ces morceaux d’ailleurs lointains…

Il y a quelques années il me fallait absolument profiter de chaque journée de vacances en allant soit faire une rando, soit visiter une ville, faire du shopping, envoyer des cartes postales sous peine de représailles, etc. Enfin, ça m’a suivi assez longtemps, jusqu’à très récemment même en fait, en enjambant la grille qui sépare la vingtaine de la trentaine !

Constat en rentrant : l’esprit s’est reposé, aéré, mais le corps, lui est toujours aussi crevé ! Et c’est crevé qu’on reprend nos activités, et, sans surprise, peu de temps après, on tombe malade et on maudit les microbes.

Cette fois on était clair l’un et l’autre : pas de pression, si on se sent fatigué on se repose, on est là pour ça aussi ! On s’est écouté, on a pris le temps, on a profité du super gîte de montagne typique (un superbe chalet), on s’est reposé, on a lu… Et puis on a marché, on a mangé du fromage et bu du blanc (enfin surtout moi), sur la mélodie des cloches pendues au cou des vaches et des chèvres.

Comme tout début de vacances après une période de travail rude, je mets du temps à relâcher la pression. Et c’est quand cette tension au creux du ventre est partie qu’un nouveau sentiment est apparu : celui de la tristesse du départ qui arrivait bientôt. Et la surprise dans tout ça, c’est qu’on était tous les deux dans ce cas là.


Après deux mois à aménager notre nouveau Trafic pour en faire un véhicule dortoir, nous voilà partis direction la Savoie, et plus précisément, Notre-Dame-de-Bellecombe, en ce début d’octobre 2019. Trois ans pile poil après le Canada.

Notre départ était prévu pour le vendredi midi, juste après le boulot de mon mari. La veille je passais la journée à rassembler les affaires de vacances selon une liste que je m’imprime avant chaque départ en vacances (que j’ai enregistré sur Excel et que je modifie au fil du temps), car avec bébé il ne faut rien oublier !

Le vendredi donc, on prend la route : huit cent cinquante neuf kilomètres pour treize heures de route : il nous fallait prévoir des pauses, et c’est ainsi qu’on fit le trajet sur deux jours pour environ dix-huit heures de route, pauses comprises et déviations dues au travaux incluses. On arrivait donc vers vingt heures le samedi à destination : un gîte situé aux Georgières, sur la commune de Notre-Dame-de-Bellecombe, où l’hôte nous a superbement accueillis dans le chalet douillet qui allait être notre repaire pour deux semaines.

Après une bonne nuit de sommeil pour tout le monde, nous voilà requinqués pour commencer à découvrir les environs le dimanche matin, où on s’arrête prendre du pain et des petites tartelettes aux noix et au caramel (hum, recette à tester!), avant de parcourir rapidement en camion le domaine skiable des Saisies, à environ dix kilomètres de notre gîte. On rentre se reposer par l’après-midi pluvieux, avant de redescendre quand même du côté de Flumet en fin de journée, jusqu’au moulin à Tienne, tout en bas du village, ce qui était impressionnant.

Vue depuis notre terrasse directement sur les montagnes à 7h du matin
Balade dans le centre de Notre-Dame de Bellecombe
Balade dans le bourg de Flumet
Vers la sortie du bourg, en contrebas on aperçoit des pâtures avec des chèvres
En suivant un tout petit chemin situé sous une alcôve en plein centre du bourg, on est arrivé sur le chemin qui mène au moulin à Tienne
On est arrivé par le pont en haut à droite et sommes descendus jusqu’au moulin
Vue sur Flumet côté pâturages

Le lendemain, le lundi, nous nous équipons pour faire une randonnée direction le lac de Plan Desert à Notre-Dame de Bellecombe. Le temps prévu d’après les panneaux était de deux heures, mais nous, on a pris un raccourci… qui nous a rallongé d’une heure ! Les aventures de vacances nous on fait rencontrer, hors des sentiers battus du coup, un gentil troupeau de chèvres qui voulaient toutes leur petite caresse avant de continuer leur chemin…

Départ de rando vers 9h où le jour se lève à peine. On aperçoit les remontées mécaniques pour les pistes, juste au bout du chemin où se trouve le gîte.
Il fait froid ce matin là, j’ai même eu droit à de la buée sur l’objectif !
A cette époque les animaux profitent encore de brouter l’herbe avant que la neige ne vienne tout recouvrir.
Au détour du sentier, en arrivant vers le Lac de plan Desert, quelques cochons en liberté se promènent…
Le fil électrique n’est pas très utile à cette hauteur …
Moment bonus de la rando : les chèvres qui venaient vers nous… et réclamer une caresse avant de continuer leur balade !

Le jour suivant nous faisions des courses dans un bourg à dix kilomètres, à Praz-sur-Arly, puis nous nous sommes reposés et sommes allés faire un tour du côté de Crest-Voland (se prononce « cré » et pas « creste » comme « brest » ahah !). Puis on est rentré et on s’est fait notre première raclette de l’année, accompagnée de la bouteille de vin blanc de Savoie que notre hôte nous avait gentiment offerte et mise au frais ! Eh, on a bien dormi ! ^^

Le mercredi nous sommes restées hiberner au chalet avec Suzie car il pleuvait des cordes… pendant que Mat lui est parti gravir les montagnes !

Que seraient des vacances sans entorse? Ahah (rires jaunes)… A sol instable cheville dans le sac, heureusement j’avais prévu ma panoplie de secours grâce à ma super liste Excel, où figurait cette fois de prendre les pommades, chevillères et autre médicaments pour bobos en tout genre ! Nous avons donc fait une rando de deux heures le jeudi matin du côté du domaine des Saisies, où nous sommes passés à travers bois et le long des pistes de ski. L’après-midi nous sommes retournés faire un tour au lac de Plan Desert.

Le repos et la contemplation du paysage dans les moments de repos, depuis la terrasse
Oui, le bonzaï nous a suivi pour les vacances lui aussi, tandis que le chat est resté avec la voisine ^^

Le vendredi matin direction Mégève, commune un peu plus conséquente, avec des commerces, une salle de sport qui accueille aussi des salons en tout genre, et un marché sur le parking de la salle, où on s’est fait plaisir (on adore faire les marchés). On s’est pris un assortiment de tapenades, de la pâte de fruit artisanale (sans l’enrobage de sucre dégoûtant), du miel et des bonbons à la propolis et du fromage de chèvre. Et puis on est rentré, on a mangé et on s’est reposé.

Le samedi, c’était le 12 octobre, et c’était le jour de « La descente des Alpages » à Annecy. C’est une fête qui symbolise la rentrée du bétail dans les étables avant que la neige ne commence à venir, et les rues d’Annecy sont bondées de monde avec plein d’animations dans les rues : des spécialités vendues à emporter, des chants, des musiciens, et un défilé de cantons habillés pour l’occasion en vêtements traditionnels savoyards. Il a fait super beau ce jour là et c’était vraiment chouette de découvrir cette ville -certes touristique- mais vraiment belle, qui peut se vanter de posséder un lac immense et magnifique avec vue sur les montagnes.

La Venise des Alpes : Annecy
Bien pratique pour la pause déj’ que de retourner au camion faire chauffer le pot de bébé!
Le lac d’Annecy

Une semaine après notre arrivée, nous voilà partis direction Albertville pour sa grande braderie, sur laquelle on a pu dénicher un autre porte-bébé, parce que du haut de ses onze kilos, bébé commence à peser et il nous fallait quelque chose de plus confortable. En remontant la ville, nous arrivons dans la cité médiévale de Conflans : une pause dans le temps où nous ne nous attendions pas à être si agréablement surpris par les lieux, où nous avons pu nous sustenter dans un restaurant italien avant d’aller faire une rando par une belle après-midi estivale : le dimanche parfait !

En haut d’Albertville, dans la cité médiévale de Conflans
Cette salade, un vrai régal avec son sorbet citron-basilic et sa mozza fondante tellement délicieuse !
Restaurant Flagrant Délice à Conflans
Bébé en exploration dans le jardin public de Conflans
Début de notre rando vallonnée autour de Conflans, où on a descendu un peu le village, avant de remonter à travers bois et de redescendre en longeant des vignes avec vue sur les montagnes : les vacances, les vraies !

Après une semaine à en avoir pris plein les mirettes, le lundi suivant il faisait bon rester au chaud, au chalet. Pour le coup, nous qui sommes des habitués des mobiles-homes sur les campings, prendre cette fois un chalet comme lieu de villégiature était le meilleur choix possible pour savourer au mieux ces vacances en pleine nature. Et puis s’adapter au rythme de bébé qui fait la sieste, c’est bien aussi. Se reposer, lire, ne rien faire, dormir. Des activités qui sont devenues précieuses finalement dans notre quotidien trop rythmé.

Nous avons quitté le chalet dans l’après-midi pour aller du côté du Lac de Roselend : le guide montrait une merveilleuse photo panoramique avec des étoiles partout pour convaincre de ne louper cet endroit pour rien au monde… Arrivés sur place, il y avait certes un beau décor… mais fortement décevant par les barrières de béton qui formaient en fait un barrage (dont les guides s’étaient abstenus de mentionner le détail!). Cela dit, les couleurs d’automne commençaient à être bien présentes et offraient un joli spectacle. On est allé ensuite faire un tour du côté de Beaufort, charmante ville paisible entre ces deux saisons.

Barrage de Roselend
Commune de Beaufort

Le lendemain, tout comme le mardi d’avant, il a plu toute la journée. On en a donc profité pour rester au chalet et se reposer.

Le mercredi on est parti le matin pour une rando de deux heures au repère Covetan de Notre-Dame de Bellecombe, sur la route direction les Saisies. Nous avions d’abord emprunté un chemin au bout duquel il fallait tourner et continuer sur un chemin fait de bois qui était impraticable : il avait gelé la nuit précédente et il nous a donc fallu rebrousser chemin. On a emprunté un autre chemin finalement et on a marché au total deux heures, pendant lesquelles on a pu apercevoir quelques biches qui se sont enfuies en courant et au loin, très haut, un oiseau à forte envergure et au col blanc, que l’on soupçonnait d’être un aigle royal.

Après la sieste de l’après-midi j’ai fait des crêpes, qu’on a dégustées dehors, au soleil sur la terrasse, avant de retourner se promener dans le coin, au repère du Planay.

Randonnée du matin où on a dû rebrousser chemin à cause du gel sur le chemin en bois

Le lendemain, le jeudi, nous sommes partis faire notre dernière rando des vacances direction le Mont Lachat, toujours sur la commune de Notre-Dame. Comme disait Magali, la propriétaire du gîte, le paysage avait changé entre le moment où on est arrivé et le moment de repartir. La palette de couleurs automnale était bien présente, et on en a pris encore une fois plein les yeux durant cette belle balade.

Les chalets neufs ne manquent pas de classe !

Le dernier jour des vacances est toujours un peu bizarre, on sait qu’il faut commencer à rassembler nos affaires le plus possible, pour en avoir le moins à faire le lendemain matin, pour ne pas partir trop tard. On est allé le matin à la piscine d’Ugine, une commune à vingt minutes de Notre-Dame, car il pleuvait. L’après-midi on s’est reposé et puis on a commencé à ranger, à contrecœur.

Le lendemain matin on s’est préparé, le coeur lourd comme si on quittait la famille pour un temps indéterminé, on a fait le ménage avant de dire aurevoir à notre gentille hôte, qui avait toujours le sourire et avec qui on a échangé des petites douceurs durant le séjour. La vie est belle, m’a-t-elle répondu lorsque je lui ai envoyé un message à notre retour en terre bretonne. Elle a bien raison.


Ce voyage fût intense, beau, vivifiant et en est ressorti une question cruciale : quand nous y retournerons, reviendrons-nous ?

En attendant d’avoir la réponse, décembre sera rempli de magie … londonienne !

Bons baisers de Bretagne

xxx

Ange

(post-scriptum : De Brique, de Breizh… Et de Beaufort?)